PIÈCE POUR CORDES ET VOIX Inspirée par la chanson A chantar m’er de so qu’eu no volriacomposée par la Comtesse de Die, femme troubadour du XIIe siècle

La comtesse de Die ou Beatriz de Die faisait partie des Trobairitz, (‘Trouveuses’ en Occitan) femmes troubadours, musiciennes-poètes du 12e et 13e siècles, composant de la musique séculière. Écrivant en langue occitane, elles étaient une vingtaine d’adolescentes de familles nobles. Les sujets de leurs écrits : l’amour, l’art, la critique d’une société patriarcale.

ENLUMINURE DE LA COMTESSE DE DIE.
CETTE POSTURE, MAIN LEVÉE VERS LE CIEL,
INDIQUE SA PRATIQUE DU CHANT

Notre intérêt pour cette œuvre réside dans son importance historique, sa modernité et ce qu’elle révèle de notre époque : l’état de l’égalité homme-femme, les avancées et reculs. En effet, cette partition est la seule composée par une femme artiste à avoir traversé les siècles depuis le Moyen âge. Le mouvement d’écriture dont faisait Beatriz de Die était révolutionnaire. On estime que la lyrique occitane des troubadours (et trobairitz) marque le début de la littérature moderne, ainsi que la naissance du concept actuel de l’amour. Qu’ensemble, les trobairitz seraient le premier mouvement littéraire féminin en Occident.

La question de la porosité culturelle est aussi au centre du projet. L’époque des troubadours est aussi celle des croisades. Cette époque, et surtout l’environnement proche de l’Espagne arabo-andalouse, était une période d’effervescence artistique et scientifique. De nombreux chercheurs estiment que l’œuvre des troubadours s’inspire directement des formes poétiques arabes existants des l’an 700. En effet, le ‘premier’ troubadour, Guillaume d’Aquitaine aurait grandi parmi la qiyan, des femmes esclaves poètes-musiciennes ayant probablement influencé son œuvre.

Nos recherches s’appuient sur des travaux d’horizons larges. Nous avons cherché à expérimenter le plus de choses possibles avant de formaliser la pièce, afin de savoir où nous pouvions amener cette partition et quelle couleur nous souhaitions lui donner. Pour correctement situer l’œuvre, le travail de chercheurs-musiciens tel Gérard Zuchetto ont été fondateurs. L’approche (infusée d’études de genre) de Claudia Keelan l’a été aussi et nous sommes ravis de l’avoir au sein de l’équipe.

Résidence de création au Théâtre de Die, septembre 2019

DIRECTION ARTISTIQUE

La couleur musicale est dense et cinématographique, jouant avec les chuchotements des silences de l’Histoire. Elle puise dans les textures et timbres singuliers des voix et instruments à cordes.

Le texte est repris en intégralité en Occitan avec des interventions de ‘sens poétique’ en français. La poète américaine Claudia Keelan (professeure émérite de l’Université du Nevada, auteure de Truth of my songs, poems of the trobairitz) et la conteuse Anne Deval travailleront sur une traduction contemporaine des textes de la Comtesse de Die, ainsi que sur d’autres textes de trobairitz qui nous semblent pertinents.

Notre processus créatif se base sur le principe d’improvisation-composition. Notre équipe de musiciens improvise et travaille sur des compositions de Pierre-Yves Lawrence : ce sont des interprétations et expérimentations conçues à partir de la partition originale du Moyen âge, allant du minimalisme aux modes arabo-andaloux.

Chaque mouvement de la pièce s’inspire d’une forme poétique employée par les trobairitz (Alba, Sirventès…). Dans ce plan sommaire, nous nous inspirons d’autres textes de la Comtesse de Die et des textes de trobairitz anonymes.

L’équipe

  • Pauline Willerval, gadulka & violoncelle
  • Kate Fletcher, direction artistique, chant, harmonium, violoncelle
  • Manu Reymond, contrebasse
  • Pierre-Yves Lawrence, composition et création sonore
  • Cécile Pages, chœur
  • Lorelei David, chœur
  • Gédéon Richard, chœur
  • Marcus Storper, chœur
  • Grégoire Gilg, chef de chœur
  • Manuel Majastre, création lumière
  • Anne Deval et Claudia Keelan pour les textes

Les chorales : Chorale du Collège-Lycée de Die, Les meutes, Die Cantat, Melodye, Entre-mers

LE DISPOSITIF CHORALES AMATEURS

Dès l’origine, ce projet a été conçu avec l’idée de travailler avec des chorales amateurs du pays de Béatriz de Die. Nous proposons de poursuivre dans cette veine avec les chorales locales des lieux de représentation.

Le chef de chœur Grégoire Gilg, fort d’une expérience conséquente en tant que meneur de jeu vocaux, propose et réalise en direct des matières vocales simples (bourdons, clusters, jeux sur les dynamiques, les silences et les timbres) qui viendront s’imbriquer dans l’œuvre finale, sur le plateau. Cet approche se rajoute à la musique écrite envoyée à l’avance et travaillée par les chœurs en amont.